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Quantophrénie : l’éducation serait-elle malade des chiffres ?

Les dispositifs et les méthodes pédagogiques sont aujourd’hui évalués, leurs effets sont quantifiés. Les chiffres obtenus sont utilisés pour choisir les politiques éducatives des différents pays. Mais ne devrions-nous pas nous méfier ? Le sociologue Sorokin décrivait en 1956 une maladie, la quantophrénie, qui consite à vouloir traduire systématiquement les phénomènes en langage mathématique.

Quand on applique une méthode quantitative à des phénomènes qui ne paraissent nullement se prêter à des quantifications, alors cette méthode manque totalement son but. Dans ces conditions, l’emploi de la méthode mathématique devient une sorte d’obsession quantophrénique n’ayant rien à voir avec les mathématiques." Sorokin

Pitirim Sorokin (1889-1968), un sociologue américain d’origine russe, décrit en 1956 dans son livre Fads and Foibles in Modern Sociology and Related Sciences, la maladie des chiffres, la quantophrénie. Son texte porte principalement sur les sciences sociales et la psychologie, mais il peut être généralisé à toute discipline n’appartenant pas aux sciences dures, en particulier l’économie ou le management. Nous vous conseillons la lecture de cet article pour en savoir davantage.

Telle étude prouve que ceci donc il faut faire cela

Les études dans l'éducation (PISA, les études del'OCDE, ...) nous abreuvent de chiffres en tous genres, démontrant le bien fondé de telle ou telle méthode, en discréditant d'autres. Les chiffres sont utilisés pour valider une vision, mais ils peuvent souvent être contestés. Pour illustrer la retenue qu'il convient d'avoir avec les chiffres avancés par ces études, voici une vidéo intéressante sur le paradoxe de Thomson.

On peut se demander si le monde de l'éducation n'est pas, d'une certaine manière, victime de quantophrénie comme le pensait Sorokin en son temps à propos de la sociologie.

Les enseignants souffrent-ils de quantophrénie ?

Si on parle chiffres et enseignants, on pense tout de suite notes. On verra par la suite dans cet article que l'on peut aussi penser évaluation par compétences. Prenons le cas d'un professeur de musique titulaire d'un capes qui veut évaluer par note ses élèves. Pour avoir une moyenne qui mérite son nom, il veut trois notes par élèves. Avec 18 classes, 28 élèves par classe en moyenne, cela lui fait 1512 notes en un trimestre, 4536 notes en une année ! Les symptômes de la maladie semblent présents. Et tout ce temps passé à évaluer est un temps que l'enseignant ne pourra pas utiliser à d'autres tâches comme la préparation de ses séances, l'individualisation,...

18/20 => :-) L'évaluation par compétences est-elle la solution à la quantophrénie?

De nos jours, l'évaluation passe par les compétences. Quand on évalue des compétences, on n'utilise pas de chiffres. À première vue, cela semble être la solution à la quantophrénie. Au revoir les notes, bonjour lettres, niveaux de maitrise ou encore Smiley :-).

Pourtant, en y regardant de plus près, chaque compétence est "quantifiée". Nous ne sommes pas passés d'un mode d'évaluation quantitatif à un mode d'évaluation qualitatif. Au lieu de quantifier la maîtrise totale d'un sujet, on a divisé cela en compétences, mais chaque compétence est quantifiée selon 3, 4 niveaux ou plus.

Si l'on regarde les données collectées par les bases de données des établissements scolaires, le passage à l'évaluation par compétences a eu un effet impressionnant. Lors d'un contrôle, avant, il n'y avait qu'une seule donnée par élève : la note. Désormais il y a parfois une dizaine de compétences et par conséquent autant de données! Là aussi, on semble apercevoir quelques symptômes inquiétants.

Faut-il se passer des compétences pour guérir de la quantophrénie ?

Pour ne pas être victime de cette maladie, faut-il se passer d'évaluations quantitatives? Pas forcément, selon nous. Il suffit de faire preuve de mesure lors de l'évaluation, d'être conscient que la multiplicité des compétences à évaluer amène à se perdre dans des tableaux de données qui deviennent vite illisibles et improductifs.

Quantifier des compétences ? Oui, mais avec mesure.

En concertation avec des enseignants de tous niveaux, nous avons mis en place un système d'évaluation par compétences simple d'usage. Celui-ci permet de traiter les données collectées de façon utile pour les élèves et qui permettra aux enseignants, nous l'espérons, de ne pas être victime de la maladie des chiffres !

Nous avons eu une autre idée : puisque l'évaluation par compétences est quantitative, nous pouvons utiliser ces compétences pour obtenir une note. Cela permet d'avoir les deux systèmes, notes et compétences, et de pouvoir passer d'un fonctionnement d'établissement à un autre sans changer de façon de faire. Et oui, nous pensons aussi aux enseignants qui sont amenés à changer d'établissement.

A très vite sur notre site !